Bonjour Johan Cavirot : pouvez-vous vous présenter et nous indiquer les principales étapes de votre carrière professionnelle ?

Bonjour, j'ai plusieurs casquettes (rires).

Après avoir commencé dans un cabinet de conseil en télécommunications pour les organismes publics, j'ai rejoint la fonction publique territoriale comme chef de projet pour les applications métiers de la ville d'Argenteuil. Ensuite, sur la ville de Pierrefitte-sur-Seine, j'étais sur un poste équivalent auquel on a ajouté la gestion des télécoms. Après avoir réussi le concours d'ingénieur territorial, je suis allé sur l'agglomération de Plaine Commune comme expert télécoms et réseaux.

C'est en 2015 que j'ai intégré, par un détachement, le ministère de l'intérieur comme chef de l'unité informatique du Service de la protection, service de la police nationale chargé entre autres de la protection des hautes personnalités. Après avoir réussi le concours d'ingénieur principal des systèmes d'information et de communication de l'Etat, j'ai été nommé à la police aux frontières comme responsable national de la sécurité des systèmes d'information et dernièrement j'ai fait une mutation à la préfecture de police de Paris comme chef du service de l'innovation et de la prospective. En parallèle, j'ai rejoint en 2003 la réserve opérationnelle de la gendarmerie départementale de Saône-et-Loire et depuis 3 ans je suis à la garde républicaine avec le grade d'adjudant.

Enfin je suis le président de l'association FLAG!, association LGBT+ des ministères de l'intérieur et de la justice, des polices municipales et des pompiers.


Vous êtes le président de l’association FLAG!. Quelle est l’origine de la création de celle-ci ?


FLAG! a été créée en 2001 par des policiers pour lutter contre les LGBTphobies et rompre l'isolement des collègues victimes en interne mais également parce que le PACS représente une avancée pour les couples d'homosexuel(le)s mais crée de nouvelles discriminations. Le texte instituant le PACS (Pacte Civil de Solidarité) ne prévoit rien en matière de droits sociaux équivalents aux couples mariés au sein des entreprises ou de la fonction publique.

A noter qu'en 2020, FLAG! a développé une plateforme, #SignalementFLAG!, disponible sur Android et iOS gratuite, de signalements anonymes, pour les victimes et les témoins de violences physiques ou verbales LGBTphobes, de sérophobie, de violences conjugales, notamment dans les couples LGBT, aussi bien sur internet, à domicile, sur la voie publique ou au travail. Cette application mobile est marrainée par Marlène Schiappa, actuelle Ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, en charge de la citoyenneté.

Quel est le rôle de l'association et son champ d’intervention ?


Au fil des années, FLAG! s'est étendue à la gendarmerie (2002) puis à l'ensemble du ministère de l'intérieur, des pompiers et polices municipales (2007) et plus récemmemment (2018) au ministère de la justice. Le rôle de FLAG! peut être décliné sous 3 axes :

- un axe interne avec l'accompagnement des services RH dans la mise en place de politique plus inclusive, l'accompagnement de nos collègues en transition de genre, l'accompagnement de nos collègues isolés ou victimes, la réalisation des formations sur nos thématiques au sien des écoles du ministère mais également de la sensibilisation sur les questions VIH.
- un axe externe avec l'accompagnement des victimes au sein de la population générale lorsqu'elles sont mal prises en charge par nos services ou quand dans la majorité des cas elles n'osent pas pousser la porte de nos services.
- un axe projet avec la gestion du dispositif #SignalementFLAG et le réseau #EnLieuSûr

Dans quels domaines l’Etat soutient l’Association FLAG! ?

L'Etat soutient FLAG! déjà financièrement pour les deux projets que nous portons mais également pour couvrir les frais de nos déplacements pour les formations en école ou les interventions au sein des services. Quelques administrations acceptent également de nous libérer quelques jours RH pour nos actions aux profits des collègues ou pour de la formation.


Quelles actions avez-vous entreprises en terme de prévention contre les discriminations des personnes LGBT+ ? Dans quelles structures intervenez-vous ?

Tout d'abord, il y a nos actions de formation au sein des écoles de police et de gendarmerie et demain au sein de l'école des officiers de pompier et des écoles du ministère de la justice comme l'école nationale de la magistrature, l'école nationale des greffes, l'école nationale de l'administration pénitentiaire ou l'école nationale de protection judiciaire de la jeunesse. Cela permet de former nos collègues sur cette thématique dont le vocabulaire est très complet mais également sur la façon de lutter contre les LGBTphobies en interne ou prendre en charge les victimes qui se présentent dans nos services.
L'autre action est le dispositif #SignalementFLAG! qui permet aux victimes ou aux témoins de LGBTphobies de témoigner anonymement et ainsi permettre de rendre visible ces violences LGBTphobes pour lesquelles l'absence de plainte auprès des services de police ou de gendarmerie rend compliqué leur identification. En effet, moins de 4% des victimes d'injures et moins de 20% des victimes des violences sur cette thématique déposent plaintes. Nous ignorons donc plus de 80% des victimes sur le territoire national.

Quels sont les outils qui peuvent aider à augmenter le niveau d’inclusion des personnes LGBT+ à la fois dans le domaine public et dans les entreprises privées ?

Le dispositif #SignalementFLAG! est, je pense, le meilleur outil car il est disponible sous la forme d'une application mobile pour le grand public mais également en version intranet pour les entreprises. Ce dispositif permet vraiment de libérer la parole que cela soit à l'école, dans le sport, au travail, dans la rue et ainsi permettre d'identifier le plus précisément possible la physionomie des discriminations LGBTphobes afin de pouvoir localement apporter une réponse spécifique aux actes signalés. En effet, les violences n'auront pas la même forme dans toutes les entreprises, à l'école, dans la rue ou dans les différentes villes de France. En travaillant spécifiquement sur des problématiques locales il sera possible d'augmenter le niveau d'inclusion des personnes LGBT+ dans l'ensemble des secteurs du quotidien. A ce jour, seul le dispositif #SignalementFLAG permet cette remontée d'informations 24h/24 et 7j/7, gratuitement, de façon autonome pour alimenter un backoffice cartographique. Cela fournit aussi des statistiques à destinations des différents acteurs en charge de mettre en oeuvre des solutions comme les services RH (Ressources Humaines) dans l'entreprise, les forces de l'ordre dans la rue, l'éducation nationale dans les établissements scolaires, etc.

Quels sont les projets et actions futurs de l’association ?


Nos projets vont essentiellement être de pérenniser les dispositifs que nous avons lancés, améliorer la communication pour qu'ils soient connus et utilisés par un plus grand nombre de personnes. La pertinence réside dans la collecte de la libération de la parole. Nous allons également renforcer les actions en interne, aller au plus près des collègues dans tous les services en particulier en région et dans les outre-mer car c'est là qu'il est souvent plus difficile d'être soi-même car souvent plus isolé.

A savoir : Mixity a développé un sondage spécifique sur l'écoute des collaborateurs (f/h/nb) sur le sentiment d'inclusion des personnes LGBT+ dans l'entreprise. En savoir plus : ICI

Plus d'informations sur nos solutions concrètes de mesure, de pilotage, d'accompagnement de la diversité et de l'inclusion ? Nous contacter.